Terrorismlive.com

 

imprimante a facture

relié à un site web

qui imprime en direct les 

attentats dans le monde

 

2013-2015

 

 

 

 

Une imprimante à facture est placée au centre de l’espace. À ses pieds se déroule une bande de papier toujours grandissante, qui s’entasse et s’allonge de manière ponctuelle et autonome selon l’activité de l’imprimante. Sur la feuille s’agglutinent une série successive d’informations synthétisées. En s’approchant du papier, les impressions s’abordent comme une série de fiches techniques formatées, faisant état d’une activité terroriste en cours dans le monde : date de l’attentat; coordonnés géographique; nombre de morts/blessés; type d’armes utilisé; revendication. L’activité de l’imprimante se poursuit tout au long de l’exposition, augmentant tous les jours un peu plus la masse de papier au sol. 

 

L’imprimante régurgite les fiches techniques d’activités terroristes internationales en cours.  J’édite d’abord ces dernières, avant de les lui transmettre en ligne, plus ou moins en direct. Je relève ces attentats à partir d’une banque d’articles pouvant concerner un acte terroriste que m’envoie d’abord un outil web programmé en ce sens. Branché sur le flux de nouvelles de différentes agences de presse, l’algorhytme du site web Terrorism live a été élaboré à partir d’une sélection de mots clés spécifiques, de sorte à ne retenir que les articles pouvant concerner l’annonce d’un attentat terroriste. Toute les 15 minutes, le site rafraichis le flux de nouvelle, et m’envoie s’il y a lieu les articles pertinents via une notification courriel. Je filtre à mon tour les nouvelles me parvenant au fur et à mesure. Je les lis, les tries, et ne retranscris vers l’imprimante que celles répondant à la définition prédéfinie  d’un acte terroriste.

 

L’idée était de créer une imprimante qui aurait la prétention de suivre le fil d’activité terroriste en direct, réagissant au rythme des attentats dans le monde. Une œuvre dont la forme serait en continuelle (re)définition, sculptée par l’actualité terroriste en cours. Je l’imaginais noter perpétuellement, à la manière de fiches techniques successives, les informations essentielles aux actes. 

 

Je n’ai trouvé aucun outil instantané axé sur l’activité terroriste. 

 

La nécessité de créer le site web Terrorism live est apparut en ce sens. Dès lors, mes présomptions d’exhaustivité ont été ramenées à hauteur d’homme, rabattues à mes limites personnelles. Mes limites objectives, d’abord, à pouvoir déterminer ce qu’est ou non un attentat terroriste. Mes limites physiques, ensuite, à pouvoir gérer le flot continu d’informations rentrantes, et à filtrer les articles que l’outil web juge potentiellement pertinent. Sans l’avoir prémédité, Terrorism live a subrepticement basculé vers un projet performatif. Pour maintenir active la marche et la mise en forme de l’œuvre, je dois me mettre au service des manifestations terroristes en jeux dans le monde. Ainsi, dans une logique de résonnance, lorsqu’une bombe explose, mon téléphone vibre sous la notification de l’évènement. Où que je me trouve, je dois intégrer l’information. L’imprimante se situerait au bout d’une réaction en chaine provoquée par un attentat pourtant complètement déconnecté de ma réalité. Manière, peut-être, de le subir à mon tour; de m’approprier des conflits extérieurs à ma réalité. En déplaçant des actions terroristes dans le champ de l’art, Terrorism live est l’occasion de questionner l’esthétisation de la violence. Le projet me permet d’aborder autrement des notions de peur,  autant que de la banalisation médiatique d’enjeux normalement pris en charge par la sphère politique.