C.P.R.

bois, laiton, mirroir, blue print

11" x 11" x 13"

2012

Une forme énigmatique de bois de confection précise et artisanale est suspendue au dessus d’un miroir. Donnant d’une part accès à toutes les facettes de la structure flottante, ce dernier renvoi également la réflexion d’un blueprint installé en toile de fond. Sans en expliciter la forme, les lignes du dessin technique font néanmoins échos à la pièce de bois, (re)contextualisant cette dernière dans un cadre industriel. L’installation ouvre dès lors un jeu rhétorique entre les notions de production industrielle et artisanale. Le cadre artistique englobant la présentation de l’objet ajoute au brouillage qui se dépose sur la statut de ce dernier : entre prototype ; objet manufacturé ; relique ; œuvre et artisanat.

 

Le blueprint détaille une pièce de moteur de bateau. Il m’a été légué par mon grand-père après sa mort. Employé en tant que dessinateur industrielle à la Canadian Pacific Railway,  ce dernier en a dessiné les plans dans le cadre de l’effort de guerre de la C.P.R.. Mon exploration néophyte du blueprint a d’abord été prétexte à un certain rapprochement posthume d’avec mon grand-père. La compréhension du plan et la réalisation artisanale exacte de la pièce a ensuite induit un apprentissage technique spécifique. À travers ce processus de réappropriation, la nature de l’objet destiné à devenir une pièce de moteur en acier produit en série se voit détournée. La réappropriation que j’en fais est désormais mis au service de la passation intergénérationnel d’un savoir-faire plutôt propre aux métiers d’art. Les matériaux utilisés pour la matérialisation du dessin, en plus de témoigner d’une maitrise technique pointue, neutralisent la pièce finale de ses fonctions d’origine.  Seule, elle évoque maintenant plutôt le prototype. Magnifié dans le contexte artistique, elle devient fétiche. C’est ainsi qu’au delà une réflexion entourant la rencontre entre culture industrielle, personnelle et artisanale, le contexte de présentation de l’objet le sacralise. C.P.R. ouvre dès lors sur de nouvelles considérations conceptuelles entourant le culte de l’objet. Son processus de réalisation et sa mise en valeur dans la sphère artistique vide la pièce d’origine de sa fonctionnalité vers la reconsidération formelle et émotive de sa fabrication. Cette réappropriation n’est pas sans évoquer ce que les anthropologues ont nommé Le culte du cargo. Rabattu au cœur du projet, cette piste théorique boucle en quelque sorte le dialogue entre la nature de l’objet d’origine et le détournement que j’en fais vers le champ de l’Art.