How to be a terrorist

téléphone cellulaire, plasticine, électronique simple et poudre a flash

2013

 

 

Dans l’espace, un présentoir de plexiglass fermé présente un téléphone cellulaire monté sur un bloc de pâte à modelée grise. Autour de ce dernier s’agglomère un réseau de fils interreliés, rattachés à un système électronique rudimentaire. L’ensemble rend directement l’aspect d’une bombe artisanale. Derrière la structure, accrochés au mur, trois cadres affichent différents papiers officiels. Une autorisation de la ville de Montréal ; un certificat de pyrotechnicien encadrant l’utilisation d’effets spéciaux ; une autorisation du lieu de diffusion permettant la mise en action de la bombe.  De fait, lorsque le cellulaire reçoit un appel, le système s’enclenche. Un bruit sourd se déclenche simultanément à la formation d’une fumée blanche. La bombe explose, en quelque sorte. La fumée est générée par une poudre flash intégrée dans le dispositif. Ainsi, de la bombe n’est mis en scène que ses effets. De la fumée sans feu. Du bruit sans dommage. On sursaute, simplement, puis on rit nerveusement. Une fois activée, la menace de la bombe laisse place aux vestiges de son explosion agglomérés sur la surface intérieure de la structure de plexiglass. Une poussière blanchâtre brouille désormais par endroit la visibilité de l’objet protégé, trace et attestation de la détonation passée.

 

Le 4 septembre 2012, je me suis retrouvé sur les lieux d’un attentat. L’événement m’habite depuis. Moins pour les motivations et les enjeux l’ayant motivé, qu’autour des réactions du corps catalysées par ce dernier.  Le stress ; les palpitations ; la tension latente ; le sursaut ; la nervosité ; le relâchement. Les recherches motivant ce projet prennent racine dans une envie ; un besoin d’explorer comment l’individu cohabite avec la potentialité de surprise et du danger.  

 

L’intention initiale était de produire une œuvre qui placerait le spectateur appréhendant la bombe dans un état d’anticipation. En cours de réalisation les mesures légales légiférant l’utilisation de la poudre Flash autant que son utilisation dans un événement publique ont déplacé certains paramètres du projet. Son élaboration m’a contraint d’emprunter un parcourt bureaucratique obligé. Des permis devaient être obtenus. Des assurances prises. Une supervision professionnelle devait être engagé. Sans l’avoir prémédité, ces démarches ont doucement ajoutées à l’œuvre un aspect légal et contrôlé, rendant dérisoire et paradoxale l’anticipation pourtant réelle de l’explosion d’une bombe désormais sacralisée au sein d’une structure artistique. J’ai emboité cette tendance non prémédité du projet en intégrant la paperasse dans la mise forme de l’installation. La détonation a eu lieu le soir du vernissage. Suite à cette dernière, la mise en valeur de l’objet mettait l’emphase sur la magnification des souillures de l’action passée. Sauf ces traces, seul la caméra de surveillance peut rejouer le moment. 

 

How to be a terrorist, est l’occasion d’explorer les attitudes du corps en situation de stress. Puisant dans des sphères politiques, le projet détourne les codes rattachés à l’acte terroriste vers une réflexion entourant la négociation du corps en contexte d’anticipation. De la même manière, la mise en valeur de la bombe ainsi que des traces de son activité permettent de repenser une certaine valorisation des actes terroristes par le déplacement de ses artefacts dans le champ artistique. L’intégration de la bureaucratie légalisant ce déplacement termine l’instrumentalisation de la bombe vers une reconsidération esthétique grinçante. Le projet interroge finalement la relation entre l’œuvre d’art et le spectateur. Non sans humour, cette relation est ici abordée dans un rapport de tension, de latence.